Paris, le 01/12/2021

La volatilité s’est de nouveau invitée sur les marchés financiers au moment où se met régulièrement en place le rallye de fin d’année. Risque sanitaire, attitude des banques centrales et hausse des coûts ont fait flancher les indices, ouvrant la voie à une consolidation potentielle.

Habituellement calme, la période de Thanksgiving s’est transformée en champ de bataille avec une volatilité en hausse de plus de 50% sur les marchés européens et américains. Alors que l’indice de volatilité du SP500 (VIX) avait fini la séance mercredi proche de 18, il s’est envolé à 29 vendredi avec les incertitudes entourant le nouveau variant Omicron.

Il serait tentant d’attribuer l’intégralité de la chute des marchés à cette dernière information sanitaire mais elle a potentiellement plus agi comme une étincelle dans un environnement propice aux prises de bénéfices. Le stress sanitaire était déjà présent depuis plusieurs jours, en Europe notamment, avec la progression du variant Delta, obligeant plusieurs pays à durcir les contraintes sanitaires. Mais également en Chine avec une politique de tolérance zéro face au Covid à l’approche des Jeux Olympiques d’hiver début 2022. L’aspect sanitaire reste donc le premier risque pour les marchés.

Mais deux autres risques, évoluant en parallèle, étaient peut-être sous-estimés et pourrait continuer à produire des effets dans les mois à venir : le rythme de normalisation de la politique monétaire de la Fed et les hausse des coûts issues des dérèglements logistiques mondiaux, de la hausse du prix des matières premières et des hausses de salaires.

Le « tapering » de la Fed semblait parti depuis ce mois-ci sur un rythme de 15 milliards$ par mois, suivi d’une première hausse de taux cet été, mais plusieurs membres de la Fed ont laissé planer la possibilité d’un tapering accéléré. Le dernier en date est Raphael Bostic de la Fed d’Atlanta qui a déclaré qu’il serait « raisonnable » que la Réserve Fédérale termine ses achats d’actifs d’ici la fin du premier trimestre ou début du deuxième, laissant la porte ouverte à une ou deux hausses de taux en 2022. Soit un rythme de tapering plus proche de 25 milliards$ que de 15 milliards$. Les Futures Fed Funds pricaient déjà une hausse de taux en juin et les rendement réels américains (taux indexés sur l’inflation) se relevaient depuis quelques jours avant que le variant Omicron n’impacte les marchés. Ce qui signifie que les marchés actions et notamment les marchés américains voyaient déjà l’effet TINA s’amenuiser avec la remontée des taux réels, ainsi que les probabilités élevées d’une actions plus rapide que prévu de le Fed. On voyait également les indices de volatilité se redresser en même temps que les indices actions américains les jours qui ont précédé la journée noire de vendredi, ce qui signifie qu’une partie du marché était déjà méfiante.

Le variant Omicron a donc été l’étincelle qui a mis le feu à un baril de poudre déjà chaud.

Le troisième risque avec lequel les marchés vont devoir naviguer dans les semaines qui viennent concerne l’évaluation de la hausse des coûts sur les résultats des entreprises au quatrième trimestre, résultats qui ne seront connus que début 2022… Dans plusieurs pays on note une hausse des indices de prix à la production supérieure à la hausse des indices de prix à la consommation, soulevant légitimement des interrogations sur le « pricing power », c’est-à-dire la capacité des entreprises à augmenter les prix de vente.

Les bases pour un rallye de fin d’année sont donc relativement faibles d’autant plus que la plupart des indices boursiers ont connu un excellent parcours depuis le début de l’année, pouvant inciter les gérants d’actifs à sécuriser une partie des portefeuilles avant d’afficher leurs performances.

La phase de volatilité actuelle sur les marchés constitue certes une opportunité de moyen-terme pour ceux qui auraient raté la dernière vague de hausse des indices actions mais rien ne garantit qu’un « buy the dip » instantané se mettent en place.

Les laboratoires en pointe dans le déploiement de vaccins contre le Covid annoncent des délais de plusieurs semaines avant de voir si les vaccins actuels sont suffisamment efficaces contre ce nouveau variant. Et si c’était le cas, cela permettrait certes de faire rebondir les secteurs les plus impactés par ces dernières nouvelles sanitaires (tourisme/loisir, pétrole, banques) mais remettrait les projecteurs sur le rythme de normalisation des politiques monétaires, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.

Il est tout à fait possible que nous entrions dans une phase similaire à celle de 2014-2015 sur les marchés américains, c’est-à-dire une phase de consolidation de plusieurs mois voire trimestres, avec quelques corrections, mais des corrections n’excédant pas 15% sur le SP500 à l’époque.

Une dangerosité limitée de ce dernier variant si elle était avérée, les niveaux d’épargne accumulés par les ménages des deux côtés de l’Atlantique, le niveau des taux, les plans de soutien économique en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, la décongestion progressive des ports mondiaux dans les mois à venir, et le reflux des prix d’une partie des matières premières et des coûts de transport, devraient continuer d’offrir des perspectives haussières aux marchés actions à moyen-terme, après une phase de consolidation.

Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés chez IG France

By Action Future

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