Rentrée nerveuse sur les marchés mondiaux à deux mois de l’élection américaine

Alexandre Baradez, Responsable Analyses Marchés chez IG France

Situation sanitaire, campagne électorale américaine, négociations Brexit, ralentissement de la reprise économique mondiale, multiples de valorisation, les sujets d’inquiétude sont nombreux pour les investisseurs en cette rentrée.

Dès la mi-août, des signaux contradictoires ont commencé à apparaître sur les marchés américains : la volatilité du SP500 et du Nasdaq 100 progressait en parallèle de la hausse des indices, ce qui est une situation assez inhabituelle. On a déjà vu par le passé des phase temporaires, de quelques jours, de hausse simultanée des indices actions et de leurs indices de volatilité ne débouchant pas forcément sur une correction, mais cette dernière phase a duré plus de deux semaines, alors même que les hausses du SP500 et du Nasdaq100 étaient très marquées.

La nervosité est clairement arrivée par le compartiment technologique, celui qui a le plus progressé depuis le creux de mars. La volatilité du Nasdaq100 vient d’atteindre son plus haut niveau depuis avril, le VIX (indice de volatilité du SP500) a quant à lui atteint 38, son plus haut niveau depuis mi-juin.

D’autres indicateurs sur le marché des obligations d’entreprises traduisaient déjà une baisse de l’appétit pour le risque de la part des investisseurs en août : la trajectoire des obligations à haut rendement, qui était très bien orientée en juillet, s’est tassée en août avant de corriger la semaine dernière. Et même les obligations en catégorie « investissement » ont commencé à baisser dès le début du mois d’août, sur fond de hausse des taux souverains.

Ce redressement des taux ces dernières semaines, certes modeste, peut traduire une forme de prudence de la part des investisseurs sur les prochaines interventions des banques centrales qui ont déjà déployé un arsenal très important de mesures pour assouplir les conditions financières et soutenir l’économie. Même si les discours monétaires restent accommodants, le timing des prochaines mesures est incertain, sachant que la Fed souhaite également voir de nouvelles mesures de soutien économiques aux Etats-Unis, qui n’arrivent pas pour l’instant en raison de négociations difficiles entre Républicains et Démocrates à deux mois des élections.

En Europe, la BCE reste vigilante comme l’a rappelé Philip Lane : l’institution ne cible pas un cours particulier pour la devise européenne…mais le cours de l’euro par rapport au dollar « importe ». Mais ce message, même s’il a un peu éloigné l’euro des 1.20$, a été parasité par celui d’Isabel Schnabel qui a indiqué qu’il n’était pas nécessaire d’ajuster la politique monétaire tant que la reprise économique évoluait selon le scénario de la BCE.

La prochaine réunion de la BCE sera donc à suivre avec attention pour voir quel consensus se dégage au sein du Conseil des Gouverneurs, notamment après le plus fort repli des prix en zone euro depuis 2016.

Il semble peu probable que les banques centrales fassent l’économie de nouvelles mesures d’ici la fin de l’année étant donné le ralentissement de la reprise économique observée en Europe et aux Etats-Unis. Comme en témoignent par exemple les derniers indices PMI en zone euro. Du côté des Etats-Unis, ce sont surtout les indices de confiance des consommateurs qui soulèvent les inquiétudes : aucun rebond d’ampleur n’est observé depuis des mois. Et la baisse des indemnités chômage vient alimenter cette inquiétude alors que l’économie américaine n’a récupéré que les moitiés des emplois détruits dans cette crise. Il manque encore 12 millions d’emplois pour revenir aux niveaux pré-Covid19…

La « bonne nouvelle » par rapport à cette dernière vague de volatilité sur les marchés actions, c’est que les indices européens résistent un peu mieux que les indices américains qui ont largement été tirés cet été par les valeurs de croissance de la « tech US ». A défaut d’une rotation nette entre les valeurs « growth » et « value », on peut se demander si une forme de rééquilibrage n’est pas en train de se produire au bénéfice des indices européens, moins exposés aux valeurs de croissance.

Difficile comme toujours de connaître la profondeur exacte de cette dernière vague de stress sur le CAC40 ou le DAX par exemple, mais cette vague de correction pourrait bien être la dernière avant qu’un rallye haussier plus solide ne se mette en place sur fond de reprise de l’activité au niveau mondial. Toute avancée significative sur le front sanitaire amputerait d’autant la volatilité. Il ne manquera plus qu’un signal technique, comme le franchissement des 5200 points sur le CAC40, pour que le momentum haussier ne s’installe à nouveau.