Élection présidentielle aux États-Unis : la crise du Coronavirus et les manifestations contre le racisme sont probablement des facteurs de bascule

Par Christophe Morel, chef économiste chez Groupama AM

L’épidémie du Coronavirus et les manifestations actuelles vont-elles avoir une incidence sur l’issue de la présidentielle aux États-Unis ? La réponse est oui. Ces événements sont même des facteurs de bascule selon la grille très structurante développée par Allan Lichtman, professeur d’histoire à l’American University de Washington. Au début des années 80, ce politologue a créé avec l’aide du mathématicien russe Vladimir Keilis-Borok, un système de prédiction du vote des américains à la présidentielle (ce qu’on appelle le vote populaire qui peut toutefois différer du vote des grands électeurs).

En pratique, ce système repose sur 13 facteurs clés ou questions qui reposent sur le postulat que l’élection présidentielle est d’abord un référendum sur l’occupant de la Maison Blanche ou sur le parti au pouvoir si le président en place ne se représente pas. Les questions portent donc sur des thèmes qui permettent d’apprécier les chances de succès ou de défaite par une appréciation sur la situation politique et sociale du pays, sur l’état de l’économie, sur le bilan de la politique étrangère et sur la personnalité des candidats. Si au moins cinq de ces conditions ne sont pas remplies, le parti en place ne remportera pas l’élection. Cette grille a toujours correctement prédit les résultats des élections présidentielles américaines à l’exception de la défaite de H. Hoover en 1932 ; le système prédisait aussi la victoire de D. Trump (qui a toutefois remporté le vote des grands électeurs mais pas celui du vote populaire) et il prévoyait la défaite de G. Bush qui n’a effectivement pas eu la majorité populaire mais qui l’a remporté grâce aux grands électeurs. Au final, il s’agit d’une grille structurante et quasi sans faille s’agissant du vote populaire.

Avec 6 facteurs défavorables sur 13, D. Trump ne remporterait pas le vote populaire en 2020. Les facteurs qui pèseraient sont en particulier la perte de sièges à la Chambre des Représentants après les élections de mi-mandat traduisant une dynamique politique défavorable, la procédure de destitution à son encontre, la récession économique en 2020 et les manifestations actuelles aux États-Unis. Sans la récession et les manifestations, le système aurait conclu à une victoire. En ce sens, nous en déduisons que les événements actuels sont probablement des facteurs de bascule pour l’élection présidentielle cette année aux États-Unis.