Les matières premières

Vincent Boy, Analyste marché chez IG France

 

Rapport mensuel  Matières premières

Le marché des matières premières est en général un indicateur puissant afin d’analyser le retour de la croissance économique, à l’image du pétrole dans le secteur de l’énergie et du cuivre dans l’industrie.

En effet, ces deux matières premières sont utilisées dans de nombreuses industries et la hausse de la demande et en général du prix, traduisent une augmentation de la production des entreprises et donc une perspective positive sur la croissance économique.

En revanche lors de cette crise sanitaire, qui conduit à la plus importante crise économique depuis les années 30 et la grande dépression, le pétrole subit d’autres pressions et le cuivre est influencé par une reprise de l’activité en Chine, en amont de celle que nous devrions constater en Europe et aux Etats-Unis.

 

Par ailleurs la décorrélation, voire la corrélation inversée constatée entre les fondamentaux économiques et les marchés, fausse l’analyse.

 

Marché du pétrole

Le cours du pétrole subit une forte volatilité depuis le début de l’année, d’abord influencé par les craintes du ralentissement économique monial lié au covid19, puis par la guerre des prix lancée par l’Arabie Saoudite et la Russie. L’augmentation de l’offre accélérée principalement par l’explosion de la production de schiste aux Etats-Unis ces dernières années, laissait déjà le prix du pétrole sous pression et la faiblesse de la demande amenée par la crise sanitaire, n’a fait qu’empirer la situation sur le marché.

En revanche, l’espoir lié à la réouverture des économies durant le mois de mai permet au cours du pétrole de progresser de façon importante et cela pourrait continuer de soutenir le prix du pétrole. De plus, la baisse de la production de l’OPEP et ses partenaires permet d’espérer un rééquilibrage sur le marché à moyen terme.

Bien que les marchés semblent l’ignorer totalement, la reprise de l’activité sera longue. L’économiste en chef du FMI confirmait les annonces du président de la Fed un peu plus tôt la semaine dernière sur la lenteur de la reprise.

Pour conclure sur le marché du pétrole, bien que les tensions du côté de l’offre semblent s’améliorer, celles sur la demande devraient durer bien plus longtemps et le marché pourrait rester excédentaire pendant encore plusieurs trimestres.

Le risque de voir à nouveau le prix du pétrole en territoire négatif semble être écarté avec une hausse de plus de 160% sur le cours du WTI depuis fin avril et un enthousiasme des investisseurs qui devrait continuer de porter le marché, malgré la poursuite de la détérioration de l’économie.

 

 

Métaux précieux

Le cours des métaux précieux continue son ascension sur fond de tensions sur l’économie mais également du fait des injections massives de liquidités dans le système financier, qui font craindre une forte hausse de l’inflation dans les années à venir. Ainsi le cours de l’or progresse de plus de 20% depuis le point bas de mars et celui de l’argent de plus de 50%.

En revanche, bien que notre perspective long-terme soit fortement haussière, en cas de prise de conscience des marchés actions et d’un retournement de tendance, qui occasionnerait un retour des investisseurs vers le dollar américain, le cours de ces deux actifs pourraient également corriger. Cela donnera alors une nouvelle occasion aux investisseurs de s’intéresser à ce type de matière première afin de rentrer sur le marché ou renforcer leurs positions à des prix inférieurs.

En effet, à long terme l’inflation et la probable faiblesse du dollar, du fait d’un déficit et d’une dette grandissante, devraient favoriser la tendance haussière du cours de l’argent et de l’or.

 

Matières premières industrielles

Les matières premières industrielles reprennent également le chemin de la hausse depuis la reprise des marchés en mars et malgré le ralentissement de la tendance observée depuis mi-avril, la réouverture des économies mondiales, à commencer par la Chine, soutient d’avantage les perspectives de reprise économique.

En revanche, le plus difficile sera de savoir à quel rythme l’économie va reprendre. La Chine a de l’avance dans le déconfinement et sera surveillée avec attention notamment en ce qui concerne la vitesse à laquelle les industries produisent à nouveau. Au-delà de l’offre, il faudra surveiller la demande nationale mais également internationale, car la Chine produit à destination de la plupart des économies du monde.

Nous sommes particulièrement attentifs à l’évolution du cours du cuivre qui est un des baromètres de l’économie mondiale, du fait de son utilisation dans la plupart des secteurs industriels et technologiques. Par ailleurs la Chine compte pour plus de la moitié de la demande mondiale de cuivre et l’évolution du prix et de la demande nous permettra de jauger de la force de la reprise au sein de la seconde économie mondiale et donc par extrapolation des autres économies du monde.

Le cours des indices suit en général celui des matières premières, qui ont tendance à progresser en premières. La hausse des matières premières indique une hausse de la demande de la part des producteurs, ce qui traduit des perspectives plus positives quant à la demande des consommateurs.

Nous continuerons donc à suivre de très près le niveau de la demande sur les matières premières, avec d’un côté le cuivre et le pétrole en ce qui concerne la reprise économique et de l’autre, l’or et de l’argent pour tenter d’analyser les risques court-terme et les impacts long-terme sur l’économie.