Quantitative easing et climat : le sale secret de la Banque Centrale Européenne

Par Reclaim Finance

Rapport révélant que les achats d’actifs d’entreprises de la Banque Centrale Européenne (BCE) financent de manière importante toutes les énergies fossiles.

Reclaim Finance appelle les gouverneurs de l’Eurosystème à faire de la réunion du 4 juin celle de la fin des achats d’actifs d’entreprises fortement liées aux énergies fossiles. La réunion des gouverneurs du 4 juin 2020 décidera de la suite de la réponse monétaire donnée au Covid-19.

Il donne raison aux membres de plus en plus nombreux de la société civile qui appellent à une sortie de crise verte et solidaire et propose des mesures spécifiques pour aligner le quantitative easing avec les objectifs climatiques européens.

Le rapport intitulé « Quantitative easing et climat : le sale secret de la BCE », qui étudie  la liste des actifs détenus par la BCE au titre des achats d’actifs d’entreprises (CSPP et PEPP) montre que le quantitative easing bénéficie aujourd’hui fortement aux entreprises des secteurs les plus polluants (énergies fossiles, aérien, automobile…). Le BCE a acheté les titres de 38 entreprises des énergies fossiles. Parmi elles, 10 entreprises sont liées au secteur du charbon, pour une puissance totale installée d’environ 66 000 MW, soit plus que l’ensemble des réacteurs nucléaires français en service.

« Alors que les milliards aujourd’hui déployés en réponse à la crise du coronavirus devraient aller à la construction d’un futur durable et juste, notre recherche démontre que la BCE est en train de nous enfermer dans une trajectoire hautement carbonée. Il est inadmissible que Fortum, dont la filiale entend mettre en service une nouvelle centrale à charbon en Allemagne et menace les Pays-Bas de poursuites judiciaires afin de s’opposer à la décision démocratique de sortir du charbon d’ici 2030, bénéficie du quantitative easing européen. Cela doit cesser, la BCE doit exclure immédiatement les entreprises les plus polluantes de son programme de rachat d’actifs et exiger des engagements de sortie du charbon et des énergies fossiles. » déclare Paul Schreiber, chargé de la campagne Régulation des acteurs financiers à Reclaim Finance.

Le charbon n’est pas le seul problème : des majors pétrolières et gazières, dont Shell et Total, qui prévoient d’accroître leurs productions de 38 et 12% de 2018 à 2030, figurent dans la liste des titres achetés au titre du CSPP et PEPP. Shell prévoit même d’exploiter des réserves de pétrole et gaz de schiste atteignant 12 fois sa production actuelle dans le domaine. Au-delà des énergies fossiles, le portefeuille de la BCE fait la part belle aux activités à forte intensité carbone. 63% des actifs achetés seraient ceux d’entreprises polluantes, soit jusqu’à 132 milliards de financements polluants pour les seuls rachats lancés en réponse à la crise du Covid-19.

« Notre rapport démontre l’urgence d’en finir avec le principe de « neutralité de marché » qui guide les rachats d’actifs. Maintenir ce dogme revient à nier le caractère politique de la création monétaire et est totalement anachronique dans le contexte d’urgence climatique.

La prochaine réunion des gouverneurs de la BCE, le 4 juin, doit être l’occasion d’adresser ce problème. Avec 1100 milliards de quantitative easing en 2020, il ne faut pas attendre l’aboutissement de la révision stratégique de la BCE mais exclure dès maintenant les entreprises dont les pratiques sont incompatibles avec l’Accord de Paris » conclut Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance.