Epargne longue : un rôle crucial pour le financement durable de notre économie »

Par Gilles Guez, Directeur Général de BFT IM

 

Afin de flécher davantage l’épargne des Français vers l’économie réelle, les pouvoirs publics multiplient les initiatives, à l’image de la récente loi Pacte.

Les sociétés de gestion ont également un rôle majeur à jouer en améliorant la lisibilité de leurs offres et en généralisant l’investissement socialement responsable.

 

Le volume d’épargne des Français n’a jamais été aussi important. Le patrimoine financier des ménages a atteint un plus haut historique à plus de 5.000 milliards d’euros. Or, une épargne de qualité devrait d’abord être au service de l’économie. A ce titre, l’action de l’Etat est essentielle pour favoriser le fléchage de cette épargne vers l’investissement productif afin d’accroître la production et les emplois. Pour financer aujourd’hui les projets d’innovation qui feront la croissance de demain, nos entreprises ont en effet besoin de renforcer leurs fonds propres. Las, l’épargne des Français est encore investie à plus de 65% en produits de taux (dépôts bancaires, assurance-vie) et à moins de 35% en produits de fonds propres (dont moins de 7% d’actions cotées). Et pour cause : depuis longtemps, l’incitation fiscale (assurance-vie notamment) a été forte pour favoriser les produits de taux.

 

Les placements en actions cotées et la montée en puissance du capital-investissement sont complémentaires

Votée en avril 2019, la loi Pacte vise justement à améliorer le financement des entreprises et à doper l’épargne longue investie en actions. Car l’investissement reste l’un des principaux moteurs de l’économie française. Il a ainsi représenté 322 milliards d’euros en 2018 pour les entreprises non financières. Pour autant, les entreprises ont besoin de sources de financement stables pour innover et dynamiser leur potentiel de croissance.

 

Si l’autofinancement et l’endettement restent des sources de capitaux naturelles, les projets les plus innovants (nouvelles technologies, brevets, travaux de recherche, …) ont cependant besoin de fonds propres supplémentaires pour soutenir leur développement. Les entreprises de croissance peuvent alors se tourner vers les actions cotées et le capital-investissement, deux marchés qui ont un rôle important à jouer. Pourtant, sur la place de Paris, les entrées en Bourse ont été peu nombreuses en 2018 (une vingtaine environ), avec un montant levé de 1,1 milliard d’euros. Le segment des PME du secteur de la technologie concentre à lui seul 70% des introductions en Bourse.

 

La montée en puissance des fonds de capital-investissement devient donc une réelle alternative à la Bourse, tant pour les sociétés à la recherche de capitaux que pour les investisseurs averses à la volatilité des marchés financiers. En 2018, les fonds de capital-investissement français, toutes stratégies confondues, ont ainsi levé environ 18 milliards d’euros. Marché boursier et capital-investissement s’avèrent donc complémentaires. De fait, les marchés sont une formidable place de formation du prix des actifs et constituent, souvent, un point de repère pour le capital-investissement.

 

Généraliser l’ISR

Pour inciter les épargnants à financer davantage nos entreprises, sociétés de gestion et distributeurs doivent miser d’une part sur des offres de placements lisibles, en lien avec l’économie réelle, et, de l’autre, généraliser l’investissement socialement responsable. Plusieurs approches permettent de favoriser la lisibilité du financement de l’économie. Les produits d’investissement thématiques en actions ou même l’approche géographique (la France et ses régions) constituent une réponse adéquate en mettant en avant le financement de secteurs porteurs d’avenir comme l’éducation, la technologie ou l’écologie. Cette démarche passe également par des mesures d’impact simples : les emplois créés par les entreprises financées, le niveau des investissements réalisés en France ou encore les initiatives sociétales prises dans telle ou telle région. Ces mesures d’impact doivent alors enrichir les reportings à destination des investisseurs.

 

En parallèle, il est impératif de généraliser l’investissement socialement responsable. En France, l’Accord de Paris sur le climat (COP 21, décembre 2015) ou la loi de transition énergétique pour la croissance verte (août 2015), notamment son article 173, ont constitué une catalyse forte à cette accélération. Cette intégration progressive de l’analyse ESG est une opportunité à saisir par les gérants d’actifs pour donner du sens à l’épargne. Ici encore, la réussite passera par la qualité des reportings, utilisant tous les canaux de communication, notamment ceux issus des technologies digitales.