Chine, États-Unis : des mentalités différentes

Par Jacques de Panisse Passis  – Président du Directoire, Gérant et Associé d’Optigestion

La Chine a fait savoir qu’elle envisageait avec réserve l’aboutissement d’un accord avec l’administration américaine du fait du tempérament impulsif du Président Trump. Au-delà des propos circonstanciés qui relèvent de la négociation, quelques extraits de l’ouvrage remarquable de Graham Allison, « L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? » mettent en évidence les profondes divergences entre les mentalités qui animent les deux plus grandes puissances mondiales.

 

La Chine se perçoit comme le centre de l’univers civilisé, l’Empereur était l’unique lien entre les humains et le monde céleste. Le monde se divisait en deux : le peuple Han et les barbares. Les étrangers pouvaient bénéficier du contact avec la Chine à condition d’admettre la suzeraineté chinoise. L’Amérique estime qu’elle est la première puissance mondiale et que cette place repose sur la légitimité universelle de ses valeurs. Les États-Unis sont centrifuges, l’empire du milieu est centripète.

 

La Chine considère l’ordre comme la valeur suprême. Sans ordre, le chaos s’installe. Chacun doit connaître et admettre sa place dans la société. La hiérarchie est l’incarnation de l’ordre qui seul permet de maintenir la « Grande Harmonie ». Les États-Unis sont le pays de la Liberté.

 

En Chine, l’histoire a montré que seul un État fort permet d’assurer la paix et la prospérité. Les Pères fondateurs américains avaient une profonde méfiance envers l’autorité. Si toute société a besoin d’un gouvernement, celui-ci est au mieux un mal nécessaire. La lutte des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire a pour objectif principal de prévenir l’exercice d’une autorité arbitraire. La démocratie exige le consentement du peuple, elle est dès lors la seule forme légitime de gouvernement. L’éventuelle inefficacité qui en résulte s’efface devant la défense des droits fondamentaux du citoyen.

 

Pour un Chinois, le régime communiste est parvenu à hisser la Chine au rang de seconde puissance mondiale en quelques décennies. La prospérité croissante dont jouit la population justifie sans hésitation le parti unique. En comparaison, la démocratie, souvent synonyme de désordre, est moins performante.

 

Le « melting pot » américain s’est construit en accueillant tous les volontaires sans distinction de couleur de peau, de religion, d’origine sociale. Pour être chinois, il faut être né chinois. La société américaine est aussi inclusive que la chinoise est exclusive.

 

La Chine sait distinguer l’urgent de l’important et admet que certains problèmes ne peuvent être résolus mais seulement gérés. Toute solution se diffuse dans le long terme et entraîne de nouvelles difficultés. Les situations se répètent. La stratégie fondée sur la patience peut s’avérer la plus payante. En renforçant les liens économiques et sociaux avec les taïwanais, Taiwan finira par réintégrer la Chine. Les Américains sont tournés vers le futur, « today’s my first day », mais imprégnés de court terme. De plus, « time is money » et l’impatience est de rigueur.

 

Les États-Unis s’efforcent d’imposer un ordre international qui n’est autre que l’expansion de l’État de droit américain. Le gouvernement chinois est partisan d’une « realpolitik » au bénéfice des siens. Il conteste toute règle à laquelle il n’a pas été associé. Dans quelques années, sa puissance dépassera celle des États-Unis. Il ne lui manque à ce jour que la supériorité militaire et financière.

 

Par de-là les oppositions fondamentales entre ces deux cultures et contrairement à ce que pensent les marchés financiers, ce n’est pas l’inconstance de Donald Trump qui empêchera de signer un traité susceptible de régler les vrais désaccords sino-américains. C’est le gouvernement chinois qui n’a aucun intérêt à s’imposer des contraintes susceptibles de freiner son inexorable ascension.

Le duopole qui va se répartir le monde devrait poursuivre la course aux innovations technologiques, qui permettra au gagnant d’asseoir sa suprématie. Mais pour l’instant, portés par des résultats trimestriels satisfaisants et rassurés par l’absence de nouvelles tensions, les marchés boursiers veulent croire à une poursuite de la croissance et continuent de progresser.