Les 28emes rencontres de l’épargne ? « et le financement participatif en actions négociables?

Interview d’Arnaud-Cyprien NANA MVOGO – CIIB

 

Action Future & Wingsfinances: Bonjour Arnaud-Cyprien Nana Mvogo. Vous et une partie des équipes de CIIB avez assisté aux 28emes rencontres de l’épargne ? Dites nous, qu’en retenir ?

Bonjour Wingsfinances ! Que retenir des 28emes rencontres de l’épargne ? Pas grand chose. Certes, les constats posés par Véronique Louwagie, députée (les Républicains) de l’Orne, sont bons : l’adaptation de la fiscalité ne suffit pas à créer une culture de l’épargne et de l’investissement. Ce n’est pas parce qu’on crée une sorte de flat tax que l’aversion au risque disparait. 

AF/WF: Seulement 9% Français prêts à prendre des risques avec leur épargne, contre, par exemple 30% des asiatiques, c’est bien ça ?

Ca peut se comprendre. Par définition, le marché actions, qui apporte du rendement, est risqué. L’un ne va pas sans l’autre. Chacun a pu constater que, comme le rappelait l’ Autorité des marchés financiers (AMF) dans une étude de juillet 2017, le rendement actualisé moyen des actions internationales est de 5.3% sur 20 ans, et ce malgré les crises. Mais en même temps, les épargnants voient que la volatilité impacter la valeur de leurs portefeuilles.

AF/WF: Du coup, comment mettre l’épargne au service de l’économie ? Faut-il faire comme au Royaume – Uni, qui a une forte culture de fonds de pension ?

– C’est une idée ! On peut reprendre les propos de Christian Carrega, directeur général de Préfon, qui pense que les français ne sont pas allergiques à l’épargne, comme en atteste le succès de Préfon (hélas réservé uniquement pour la fonction publique). Après, est ce que les dispositions de la loi Pacte relatives à la réorientation de l’épargne vers le financement de l’économie suffiront ? Pas sur. Comme disait Grégoire Naacke, directeur de l’OEE (Observatoire de l’Epargne Européenne), Euronext fait tout pour attirer les investisseurs et les émetteurs vers la bourse (Euronext Growth ou Euronext Access), mais il y a encore des efforts à faire.

 

AF/WF: Mais, la fiscalité, quand même, ca va dans le bon sens, non ?

– Oui, Charles de Courson, député UDI de la Marne, a eu raison de dire qu’en matière de fiscalité, les choses vont dans le bon sens, avec la « flat tax » (le prélèvement forfaitaire unique). Mais comme l’a, à juste titre, rappelé Sébastien Raspiller, chef du service financement de l’économie à la Direction générale du Trésor, la fiscalité ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une stratégie de placement. Il faudrait d’abord réfléchir au potentiel de rendement, et ensuite, aux impôts et taxes. De plus, tout n’est pas si simple. Certes, désormais, les dividendes versés à des personnes physiques ayant leur résidence fiscale en France sont soumis de plein droit à un prélèvement forfaitaire unique (« PFU ») au taux de 12,8% auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2%, soit une taxation globale de 30%. Mais il existe encore des exceptions à l’application de la flat-tax ou du barème progressif selon qu’il s’agisse des bons de souscription de parts de créateur d’entreprise, des gains sur PEA-PME en fonction de date de revente ou des distributions réalisées par des sociétés de capital risque.

 

AF/WF: Pourquoi ne pas supprimer totalement toutes les niches fiscales ?
Est-ce qu’une telle proposition irait dans le sens de la réconciliation de « l’économique » et du  » social » que la majorité présidentielle appelle de ses vœux ?

C’est possible. Après tout, si les épargnants se concentrent sur des critères financiers, ou même extra financiers comme le solidaire, l’ISR, et la transition écologique et énergétique, cela élargit la palette de choix, comme le voudrait la loi Pacte. Ainsi, l’allocation se fera réellement en fonction des choix des épargnants, sans influence du fiscal. Le meilleur fléchage de l’épargne vers l’investissement n’est-il pas celui qui permet à chacun d’investir selon ses priorités ?

 

AF/WF: Mais du coup, comment faire en sorte que l’épargne des français finance réellement l’économie dite réelle ? Faut-il inventer de nouveaux produits ?

Pas nécessairement ! De nombreux produits sont déjà à la disposition des épargnants. Prenez l’investissement en actions : ce n’est pas parce que le crowdfunding equity marque le pas, ou parce que les small et mid caps souffrent en bourse en ce moment que l’idée et l’intérêt de la détention d’actions de PME cotées ou non cotées diminue.

Pour ne citer qu’un exemple, l’augmentation de capital en cours sur la fonderie Sival https://www.sival-group.com/.

Cette levée de fonds se réalise au travers du Carnet d’Annonces https://www.ciib.fr/actions-market-place (Sorte de carnet d’ordre interne à l’entreprise via une bourse privée électronique, afin de permettre la liquidité sur ses titres non cotés).
Ca peut constituer une réponse à la question de la construction d’une épargne performante et innovante. On a à la fois la tradition (quoi de plus classique qu’une action détenue au nominatif pur) et l’innovation (liquidité d’un titre non coté), avec le financement participatif en actions négociables !

– Merci, Arnaud-Cyprien Nana Mvogo, pour cette analyse !